Ce que les gens décrivent
Les mots sont presque toujours les mêmes d'un appel à l'autre : « je rame », « je fais tout comme il faut et rien ne bouge », « j'ai l'impression de pousser un mur ». Il n'y a pas de catastrophe à raconter, et c'est justement ce qui rend la situation difficile à exposer à son entourage.
Une difficulté nette se raconte et suscite du soutien. Un enlisement ne se raconte pas, et beaucoup de personnes le portent seules pendant des années.
Les causes ordinaires, à regarder en premier
- L'épuisement. Il ne se voit pas de l'intérieur et il produit exactement cette impression : les efforts sont fournis, mais sans la force qui les rendrait efficaces.
- Une direction qui ne vous convient plus. Un métier, un projet ou une ville tenus par habitude absorbent une énergie considérable sans rien rendre.
- Un environnement qui pèse. Un entourage qui décourage systématiquement, un cadre professionnel où rien n'aboutit pour personne.
- Un deuil ou une rupture non digérés. Ils prennent des mois de disponibilité sans qu'on le sache, et le blocage se manifeste ailleurs.
- Le rythme réel des choses. Certains projets demandent trois ans. L'impression de blocage est parfois une impatience légitime devant une durée normale.
Quand la question d'une autre origine se pose
Ces explications couvrent la grande majorité des situations. Quand elles ne rendent compte de rien, quelques éléments justifient d'aller regarder ailleurs.
- Le blocage a une date de début identifiable, que vous pouvez nommer, sans qu'aucun événement de votre vie ne corresponde à cette date.
- Tous les domaines se sont bloqués en même temps : le travail, le couple, la santé, l'argent, alors qu'ils n'ont aucun lien entre eux.
- Les échecs surviennent toujours à la même étape, jamais avant, jamais après.
- La même chose s'est déjà produite dans votre famille, à un autre âge et à une autre génération.
- Ce que vous entreprenez réussit à d'autres dans les mêmes conditions, sans que rien ne distingue leur méthode de la vôtre.
Ce que l'étude cherche
Elle cherche l'origine du blocage et sa nature : une action dirigée contre vous, une jalousie installée dans votre entourage, une affaire familiale ancienne, ou aucune de ces choses. Elle demande un à deux jours et son résultat vous est donné tel quel.
Il arrive souvent, sur ce sujet précisément, que la réponse soit qu'il n'y a rien de spirituel et que le sujet est ailleurs. C'est une réponse qui déçoit et qui fait gagner du temps.
Par quoi commencer, quoi qu'il en soit
Deux choses valent d'être faites avant toute autre démarche, et elles ne coûtent rien.
- Écrire la date de début du blocage, puis lister tout ce qui s'est passé dans les deux mois précédant cette date. C'est souvent là que se trouve la réponse.
- Faire un point de santé. Le sommeil, la fatigue et l'état thyroïdien produisent ce tableau plus souvent que n'importe quelle cause spirituelle.
Être bloqué, ou être en retard sur un calendrier imaginaire
Une part des situations décrites comme des blocages n'en sont pas. Ce sont des vies qui avancent normalement, mais pas au rythme que la personne s'était fixé, souvent sans jamais l'avoir formulé.
Une installation professionnelle demande des années, un projet immobilier plusieurs tentatives, une reconversion un temps de traversée pendant lequel rien n'est visible. Quand le calendrier intérieur est plus rapide que le réel, l'impression d'échec est garantie même quand tout se déroule correctement.
Ce que produisent les comparaisons
Elles occupent une place considérable dans ce que les gens racontent, et elles sont devenues permanentes avec les réseaux sociaux : on ne se compare plus à ses voisins mais à ce que des centaines de personnes choisissent de montrer.
Deux points valent d'être rappelés. Ce qui est montré est trié, et ce qui coince ne l'est jamais. Et la comparaison ne renseigne sur rien d'utile : elle ne dit ni ce qui bloque chez vous, ni par quoi commencer.
Le rôle de l'entourage dans un enlisement
Il est plus déterminant qu'on ne l'imagine. Un entourage qui décourage systématiquement, qui rappelle chaque échec passé, ou qui traite chaque projet avec ironie, produit à lui seul des années de piétinement.
C'est parfois là que se trouve la réponse, et elle est difficile à entendre parce qu'elle concerne des proches. Elle ne demande pas de rupture : elle demande de cesser de soumettre ses projets à ceux qui n'y croiront jamais.
Par où recommencer quand rien ne bouge
Devant un enlisement, le réflexe est de chercher le grand changement : déménager, tout arrêter, repartir de zéro. C'est rarement ce qui débloque, et c'est souvent ce qui épuise le peu de ressources restantes.
Ce qui fonctionne mieux est plus modeste : choisir une seule chose, la plus petite possible, et la mener jusqu'au bout en deux semaines. Un dossier terminé, un rendez-vous pris, une pièce rangée. L'objectif n'est pas le résultat, il est de vérifier qu'une action menée à son terme produit encore un effet. Après plusieurs mois d'enlisement, cette vérification compte plus qu'on ne l'imagine.
Deux ans à piétiner. En cherchant la date de départ, je suis tombé sur le mois où mon associé est parti. Je n'avais jamais fait le lien.
Thomas G., Lille