Pourquoi on ne s'arrête pas
Parce que s'arrêter donne le sentiment de perdre du terrain, parce qu'il y a un loyer à payer, et parce que faire le point suppose d'envisager des réponses qu'on n'a pas envie d'entendre.
Résultat : beaucoup de personnes tiennent deux ou trois ans dans une situation qu'elles auraient quittée en deux mois si elles s'étaient posées un week-end pour la regarder.
Les six signes qu'il est temps de faire le point
- Le dimanche soir est devenu un moment redouté, et cela dure depuis plus de trois mois.
- Vous ne savez plus dire à quoi sert votre travail, ni à qui.
- Votre santé bouge : sommeil, dos, poids, tension. Le corps signale souvent avant la tête.
- Vos proches vous font des remarques sur votre humeur, plusieurs personnes distinctes et à des moments différents.
- Vous avez cessé de faire des projets au-delà de quelques semaines.
- Vous compensez : achats, écrans, alcool, ou un investissement démesuré dans le travail lui-même.
Deux de ces signes présents en même temps depuis plusieurs mois suffisent. Il n'est pas nécessaire d'attendre d'être au bout.
Faire le point sérieusement
Cela demande deux jours, pas deux heures, et de quoi écrire. La méthode importe moins que le fait de la suivre jusqu'au bout.
- Décrire la situation en une page, factuellement : poste, tâches réelles, rémunération, trajet, relations.
- Séparer ce qui vient du poste, ce qui vient de l'entreprise, ce qui vient du métier lui-même. Ce n'est pas la même conclusion selon le cas.
- Chiffrer. Ce que la situation vous coûte par mois, en argent, en heures et en santé. Le chiffre rend souvent la décision évidente.
- Lister ce qui pourrait changer sans partir : horaires, périmètre, service, formation. Un départ n'est pas toujours la seule sortie.
- Fixer une échéance. « Si rien n'a bougé au 1er mars, je fais ceci. » Une décision sans date ne se prend jamais.
Ce qui relève d'un autre interlocuteur
Il faut le dire clairement, parce que ces situations arrivent souvent jusqu'ici et qu'elles ne relèvent pas d'un travail spirituel.
- Le harcèlement, la discrimination, les heures non payées : ce sont des faits juridiques. Un délégué du personnel, l'inspection du travail ou un avocat sont les bons interlocuteurs.
- Un état d'épuisement installé : c'est un médecin, et c'est urgent.
- Une difficulté de trésorerie dans une activité indépendante : un comptable, avant tout le reste.
- Un projet de reconversion : un bilan de compétences existe et il est souvent finançable.
Ce qu'un accompagnement spirituel peut apporter ici
Il n'apporte ni emploi, ni promotion, ni règlement d'un conflit avec un employeur. Ce qu'une étude peut chercher, c'est l'origine d'une répétition : quand la même situation se reproduit d'un employeur à l'autre, d'une ville à l'autre, sans que rien ne l'explique.
C'est une demande précise, et elle vient après les démarches ordinaires, jamais à leur place. Le Professeur Dognon le dit au premier appel, quitte à écourter la conversation.
Faire le point à deux
Une situation professionnelle difficile ne concerne jamais une seule personne. Elle pèse sur le conjoint, sur les enfants, sur l'organisation de la maison et sur le budget.
Beaucoup de gens protègent leurs proches en ne disant rien, et obtiennent l'effet inverse : l'entourage voit l'humeur changer sans en connaître la raison, et imagine autre chose. Poser les chiffres et les options à deux, une fois, évite des mois de malentendus.
Le cas particulier des indépendants
Quand on travaille à son compte, la difficulté professionnelle et la difficulté financière arrivent ensemble, et il n'y a ni collègue à qui en parler ni service pour arbitrer.
- Distinguez d'abord le problème d'activité du problème de trésorerie. Ce ne sont pas les mêmes réponses, et les confondre conduit à travailler plus pour gagner moins.
- Regardez le taux horaire réel, charges et heures non facturées comprises. Le chiffre surprend presque toujours.
- Identifiez les clients qui coûtent plus qu'ils ne rapportent. Il y en a presque toujours un ou deux.
- Sollicitez un accompagnement : les chambres consulaires et certaines associations en proposent gratuitement, et c'est très largement sous-utilisé.
Ce que les gens regrettent le plus
Dans les récits entendus au téléphone, un regret revient plus que tous les autres, et ce n'est pas d'être parti trop tôt. C'est d'avoir tenu trop longtemps sans rien décider, en espérant que la situation se règle seule.
Une situation professionnelle qui n'évolue pas depuis dix-huit mois n'évoluera pas d'elle-même au dix-neuvième. Fixer une échéance et s'y tenir est ce qui distingue une décision d'une attente.
Écrire l'échéance, et la tenir
Une décision sans date n'est pas une décision. « Je vais voir comment ça évolue » se prolonge de trimestre en trimestre sans que personne ne s'en aperçoive.
Écrivez la phrase en entier, avec la date : « si rien n'a changé au 1er mars, je fais ceci ». Donnez-la à quelqu'un, ou affichez-la. C'est le seul moyen connu d'empêcher une situation de durer par simple inertie, et cela ne coûte rien d'autre qu'un peu de courage le jour où la date arrive.
J'ai chiffré ce que le trajet et les nuits blanches me coûtaient par mois. La décision s'est prise toute seule le soir même.
Nathalie C., Rouen