La mécanique qui s'installe
Un premier refus s'encaisse. Au deuxième, on commence à chercher ce qui cloche chez soi. Au troisième, on se présente déjà battu, et cela se voit. Au quatrième, on n'y croit plus du tout, et l'échec devient prévisible pour des raisons qui n'ont plus rien à voir avec le point de départ.
C'est cette mécanique qu'il faut casser en premier, avant même de chercher une cause plus lointaine. Elle suffit à expliquer beaucoup de séries.
Débriefer un échec, sérieusement
La plupart des gens font l'une de deux choses après un refus : ils n'y pensent plus, ou ils y repensent pendant trois semaines. Aucune des deux ne sert. Un débriefing utile prend vingt minutes et se fait par écrit.
- Ce qui s'est passé, factuellement, sans interprétation : les questions posées, ce que vous avez répondu, le temps que cela a duré.
- Le moment précis où cela a basculé, si vous pouvez l'identifier. Il y en a presque toujours un.
- Ce qui relevait de vous et ce qui n'en relevait pas. Un poste déjà pourvu en interne ne relève pas de vous.
- Une seule chose à changer la prochaine fois. Une seule : une liste de douze corrections ne se met jamais en œuvre.
- Ce qui a bien marché. Cette ligne est systématiquement oubliée, et c'est celle qui permet de repartir.
Ce qui, dans une série, ne dépend pas de vous
- Un poste attribué d'avance, avec un entretien de forme. C'est courant et cela ne se devine pas.
- Un jury ou un recruteur qui cherchait un profil précis, non annoncé dans l'offre.
- Un marché saturé au moment où vous vous présentez, dans un secteur ou une ville donnés.
- Un dossier arrivé après quarante autres, lu en trois minutes.
- Un concours dont le taux de réussite est de quinze pour cent : quatre échecs y sont statistiquement ordinaires.
Faire la part de ce qui ne dépend pas de vous n'est pas une consolation. C'est ce qui évite de corriger ce qui n'était pas en cause.
Ce qui aide vraiment, concrètement
Trois choses reviennent chez ceux qui finissent par passer.
- Changer une variable à la fois, pour savoir ce qui a produit l'effet quand l'effet arrive.
- Demander un retour à celui qui a refusé. Un tiers répond, et ce tiers vaut plus que toutes les suppositions.
- Espacer les tentatives quand la série est longue. Se présenter épuisé à un cinquième entretien ne sert à rien.
À quel moment la question change de nature
Quand tout ce qui précède a été fait, sérieusement, et que la série continue à l'identique. Quand l'échec survient toujours à la même étape, jamais avant. Quand les mêmes démarches réussissent à d'autres, dans les mêmes conditions, sans que rien ne distingue leur méthode.
C'est alors qu'une étude peut chercher une autre origine. Le Professeur Dognon la mène en un à deux jours et vous en donne le résultat tel quel, y compris quand il consiste à dire que le sujet est ailleurs. C'est fréquemment le cas sur ces demandes.
Un mot sur l'entourage
Une série d'échecs isole. On cesse d'en parler pour ne pas lasser, puis on cesse de sortir pour ne pas avoir à répondre à la question. Cet isolement fait plus de dégâts que les refus eux-mêmes, et il se répare : reprendre contact avec deux personnes suffit souvent à changer l'état d'esprit avec lequel on se présente.
Se préparer sans se sur-préparer
Après plusieurs échecs, la réaction courante est de travailler deux fois plus. Elle se retourne souvent contre celui qui l'applique.
Une préparation excessive produit un discours récité, des réponses trop longues et une incapacité à sortir du cadre prévu dès qu'une question inattendue arrive. Les jurys et les recruteurs le repèrent immédiatement, et cela se lit comme un manque d'assurance alors que c'est l'inverse.
Une préparation suffisante tient en peu de choses : connaître son sujet, savoir raconter son parcours en trois minutes sans notes, avoir deux questions à poser, et s'être renseigné sur l'endroit où l'on se présente. Au-delà, le rendement décroît.
Le jour même
- Ne rien réviser dans l'heure qui précède. Cela ne fixe rien et cela use ce qui reste de calme.
- Arriver en avance, mais pas trop : quarante minutes d'attente dans un couloir défont une préparation de trois semaines.
- Prévoir la question sur les échecs précédents si votre parcours les rend visibles. Une réponse simple et assumée passe toujours mieux qu'un contournement.
- Se fixer un objectif à la place du résultat : bien dire ce qu'on avait à dire. C'est la seule partie qui dépende de vous.
Après, quoi qu'il arrive
Faites le débriefing écrit le jour même, avant de connaître le résultat. C'est le seul moment où votre souvenir est exact et où votre jugement n'est pas déformé par la réponse reçue.
Puis passez à autre chose pour vingt-quatre heures. L'attente d'un résultat consomme une énergie considérable et n'a jamais fait pencher une décision d'un côté ou de l'autre.
Cinq entretiens, cinq refus. Le débriefing écrit m'a montré que je perdais toujours au même moment, sur la même question. Personne ne me l'avait dit.
Yacine H., Roubaix