Une notion partagée bien au-delà de l'Afrique
Le mauvais œil se retrouve dans le bassin méditerranéen, au Maghreb, au Proche-Orient, en Inde, en Grèce, en Italie du Sud. Ce n'est pas une particularité africaine, et cela explique qu'autant de personnes d'origines très différentes emploient le mot sans avoir besoin qu'on le leur traduise.
Ce qui varie d'une tradition à l'autre, c'est la manière de s'en préserver et de le défaire, pas l'idée elle-même.
Ce que le mot désigne
Dans la tradition dans laquelle travaille le Professeur Dognon, le mauvais œil n'est pas un rituel élaboré ni une malédiction lancée volontairement. C'est l'effet d'un regard chargé d'envie, souvent porté sans intention de nuire.
La différence avec un envoûtement est nette : l'envoûtement suppose une démarche délibérée, le mauvais œil non. Une personne peut être à l'origine du second sans jamais avoir voulu le mal de quiconque, ce qui rend l'accusation d'autant plus injuste.
Les situations où la question revient
- Une réussite annoncée largement, suivie de près par une série de contrariétés inexpliquées.
- Un enfant, une naissance, un mariage abondamment commentés, puis une difficulté qui s'installe.
- Un commerce qui marchait et qui décline à partir d'une date précise, sans cause économique visible.
- Un bien acquis après des années d'effort, autour duquel les relations familiales se dégradent brutalement.
- Une personne qui va bien et dont l'entourage proche voit d'un mauvais œil, précisément, le fait qu'elle aille bien.
La discrétion comme règle ancienne
Beaucoup de familles observent une règle simple : on n'annonce pas une bonne nouvelle avant qu'elle soit acquise, on ne détaille pas ses gains, on ne montre pas tout. Cette prudence est souvent moquée. Elle protège en réalité de l'envie, ce qui est une précaution de bon sens dans n'importe quelle culture.
La jalousie ordinaire, qui n'a rien de spirituel
Il faut le dire clairement : la plupart des difficultés attribuées au mauvais œil relèvent d'une jalousie parfaitement concrète, qui agit par des moyens ordinaires. Une rumeur, une information retenue, une recommandation refusée, une brouille entretenue.
Ces situations existent, elles font des dégâts réels, et elles ne se traitent pas par un travail spirituel mais par des décisions pratiques : prendre de la distance, cesser de tout raconter, parfois changer d'entourage.
Ce que le Professeur Dognon regarde
- Depuis quelle date la situation s'est dégradée, et ce qui s'est passé juste avant cette date.
- Ce qui a été annoncé, à qui, et dans quelles circonstances.
- Qui, dans l'entourage, avait un intérêt ou un ressentiment identifiable.
- Ce qui s'est déjà produit de semblable dans la famille, à une autre génération.
- Ce qui, dans la situation, s'explique très bien sans rien invoquer d'autre.
Pourquoi aucun nom n'est donné
C'est une règle constante ici. Beaucoup de personnes appellent en voulant confirmer un soupçon qui pèse sur une belle-sœur, un voisin, un collègue. Désigner quelqu'un à tort brise des familles entières, et cela ne se répare pas.
Le travail porte sur ce qui pèse et sur la protection à mettre en place, jamais sur la désignation d'un coupable.
La place particulière des enfants
C'est le motif le plus fréquent des demandes qui touchent au mauvais œil, et de loin. Un nouveau-né admiré par tout le voisinage, un enfant dont on vante partout les résultats, une réussite scolaire commentée dans toute la famille.
Dans beaucoup de familles, la règle est ancienne et simple : on ne détaille pas, on ne compare pas les enfants entre eux devant témoin, on ne publie pas tout. Cette prudence est parfois moquée comme une superstition ; elle relève surtout d'un bon sens que n'importe quel parent peut comprendre.
Ce que les familles font traditionnellement
- Accompagner un compliment d'une formule de protection, usage répandu du Maghreb à l'Afrique de l'Ouest.
- Ne pas annoncer une bonne nouvelle avant qu'elle soit définitivement acquise.
- Éviter de détailler ses revenus, ses gains ou ses projets d'achat, y compris auprès de proches.
- Tenir à distance, sans conflit ouvert, les personnes dont la présence coïncide régulièrement avec des ennuis.
Aucune de ces pratiques ne demande de démarche particulière ni de dépense. Elles constituent la première protection, et souvent la seule nécessaire.
Quand la crainte devient le problème
Il faut le dire, parce que cela arrive et qu'un praticien honnête doit savoir arrêter une personne.
Quand la peur du mauvais œil occupe toutes les journées, quand chaque incident est attribué à quelqu'un, quand des relations sont rompues sur de simples soupçons, ce n'est plus une protection : c'est une inquiétude qui s'est installée et qui fait à elle seule les dégâts qu'on redoutait.
Dans ces situations, le Professeur Dognon le dit, et il oriente. Entretenir une crainte parce qu'elle fait revenir quelqu'un tous les mois n'est pas un accompagnement, c'est une exploitation.
Ce qu'il ne faut pas faire en retour
La demande arrive régulièrement, formulée à demi-mot : puisque quelqu'un m'a nui, faites la même chose en sens inverse.
Elle est refusée, systématiquement et sans exception. Aucun travail n'est mené contre une personne, quels que soient les motifs invoqués et quelle que soit l'ancienneté du conflit. Un praticien qui accepte ce genre de commande accepterait tout aussi bien celle que quelqu'un passerait contre vous, et cela devrait suffire à répondre à la question.
Je voulais un nom. Il a refusé de m'en donner un. Avec le recul, c'est ce refus qui m'a fait lui faire confiance.
Rachid B., Marseille